LA MORT SE MÉRITE

Un film de Nicolas Drolc - 2017 - 90 minutes - FR

HD & SUPER 8 - Noir & Blanc  - 1, 78 : 1 - STEREO - FR w/ english subtitles

MUSIQUE : QUINTRON'S WEATHER WARLOCK / REVEREND DEADEYE'S BROKEN SPIRITS

La Mort se Mérite brosse le portrait de Serge Livrozet, figure de la contre-culture française des années 70, ancien plombier, ancien perceur de coffres forts, fondateur avec Michel Foucault du Comité d’Action des Prisonniers, écrivain autodidacte et militant libertaire. Devant la caméra intimiste de Nicolas Drolc, cet " anarchiste qui n’aime pas les bombes " se laisse dresser le portrait en n’étant tendre ni avec lui-même, ni avec la vie et les plaisirs qu’il y recherche pour " rendre ce séjour merdique le moins désagréable possible ".


Death Must Be Earned is the intimate portrait of Serge Livrozet, former safe-cracker, one of the protagonists of 1970s French counter-culture, alongside Michel Foucault founder of the Committee of Prisoner's Action, self-taught writer and anarchist activist. The film portraits him at age 75 in his hometown of Nice where he revisits the pivotal episodes of his life of social struggle and polticial activism.


GRAINE D'ANAR

La révolte et la rage. De son passé de voleur, Serge Livrozet, 77 ans, ne regrette rien. Il n’a pas à s’en justifier, encore moins à s’en excuser. Né pauvre, et conséquemment « destiné à être exploité », il a tout simplement et tout naturellement décidé de « prendre de l’argent où il considérait qu’il y en avait trop ». Raisonnement sain, limpide, imparable. Ni Arsène Lupin ni Robin des Bois, cet insurgé viscéral a pratiqué la « délinquance alimentaire » comme une guérilla politique. Radicalisé par la prison, c’est finalement son existence entière qu’il a passée, avec une intransigeance et un courage sans faille, à se mutiner contre la salauderie du monde. « La justice, dit-il, n’a ni à être exemplaire ni à être sévère, elle a à être juste ». Nul relent de gloriole dans ses propos où se mêlent tendresse et lucidité, humour et générosité, panache et modestie, désillusion et irréductibilité. Rien, jamais, n’éteindra sa colère. L’écouter parler est une leçon de vie, alors même que ce paria magnifique tient celle-ci, avec quelque raison, pour la plus « merdique » des calamités.

Si ses paroles nous touchent autant, c’est aussi parce que Nicolas Drolc nous les fait entendre à travers le prisme fraternel de sa propre écoute. Le regard qu’il pose et nous fait poser sur Serge Livrozet est dénué de toute distanciation comme de toute compassion. Ce n’est pas une bête curieuse qu’il nous montre, c’est un être humain qu’il nous propose d’aimer avec lui. Pas question, pour le réalisateur, de faire le mariole en recourant à de vains artifices de mise en scène. Le portrait qu’il brosse est brut, sans fard, sans complaisance, mais d’une subjectivité résolument assumée. C’est dans sa rugosité rigoureuse qu’il trouve sa cohérence, sa force et son insolite poésie.

Jean-Pierre BOUYXOU - Paris, Février 2017


SEEDS OF ANARCHY

  Anger and unrest. 77 year-old Serge Livrozet may have been a thief, but he has no regrets. He doesn't have to explain himself let alone apologise. Born poor and so 'destined to be exploited', he quite simply and rather naturally decided to 'take money where he thought there was too much'. A crystal clear and solid reasoning. For him 'food delinquency' was a means of channelling the rebel within into an act of political guerrilla warfare. But that doesn’t make him an Arsène Lupin or a Robin Hood. Prison radicalised him and so, full of unwavering courage, he devoted his very existence to standing up to the fuckery of the world. 'Justice, he says, doesn't have to be laudable or harsh; it must be just.'

There isn’t a whiff of vanity in his words which are a medley of tenderness and lucidity, humour and kindness, brio and humility, disillusionment and iron will. Never will the flame of his anger be extinguished. His words are a life lesson despite the fact that this striking pariah considers life itself to be the 'shittiest' of all misfortunes, and perhaps rightly so.

His words leave us so touched because Nicolas Drolc brings them to our ears through the fraternal prism of his own listening ear. The eyes through which he sees Serge Livrozet and the eyes through which he invites us to see him are stripped of both othering and compassion. But Nicolas is showing us no circus attraction, but rather a human-being whom he invites us to love alongside him. There is no room for fooling around with special effects. The portrait he paints is raw and without fanfare or indulgence, steeped in a subjectivity he owns entirely. It is precisely in this rigorous ruggedness that is found a unity, a strength and an offbeat poetry.

Jean-Pierre BOUYXOU - Paris - February 2017


LA MORT SE MÉRITE vu par Serge KAGANSKI (LES INROCKS)

Portrait saisissant de Serge Livrozet : plombier, braqueur, taulard, militant révolutionnaire, compagnon de Sartre et Foucault, cofondateur de « Libération », essayiste. Un véritable insoumis.

Certains se souviennent peut-être de Serge Livrozet pour son rôle dans L'Emploi du temps de Laurent Cantet : il jouait remarquablement bien le trafiquant roué qui donnait un peu de travail et de revenus au dépressif inactif joué par Aurélien Recoing. Livrozet était une figure politique des années soixante-dix : fils d'une prostituée, plombier, braqueur, taulard, il était devenu militant anticapitaliste après avoir lu Marx en prison. Il a notamment milité pour réformer le système carcéral, donner des droits aux détenus. Il avait fréquenté Sartre, participé à la création de Libération, était surtout devenu très proche de Foucault au moment de la publication de Surveiller et punir. Livrozet est devenu lui-même essayiste, auteur d'une quinzaine de livres et de multiples tribunes dans la presse.

Dans La Mort se mérite..., le beau portrait que lui consacre Nicolas Drolc, on voit plusieurs extraits d'émissions télévisées où l'on remarque l'extraordinaire faconde du personnage, largement digne de celle d'un Mélenchon ou jadis de Marchais. Drolc a filmé et questionné Livrozet ces dernières années, au soir de sa vie. L'homme est désormais usé physiquement, amoindri par les suites d'une opération, mais il a gardé toute sa rage politique, tout son humour irrésistible, teintés aujourd'hui d'une profonde mélancolie existentielle. Livrozet dit qu'il aurait préféré ne pas naître tant il considère la vie dans le système actuel comme une prison, une souffrance. Il pense aussi que tous les détenus sont des prisonniers politiques puisque que c'est la pauvreté induite par le système qui pousse les gens à voler. Il pense encore que tant que le capitalisme régira le monde, nous serons tous des prisonniers même si les chaînes du citoyen ordinaire se voient moins que celles du taulard. Jeune, Livrozet croyait dur comme fer à la révolution, aujourd'hui, il n'y croit plus : le système est trop puissant et la vie est trop courte pour mener à bien une tâche aussi considérable.

 

L'homme se fait aussi parfois "vieux con", quand il râle sur tout et rien, gueule après un automobiliste qui ne roule pas assez vite à son gré ou contre les transformations de Paris. Il n'empêche que sa gouaille niçoise est intacte, que ses colères politiques sont justes, comme sa lucidité désespérée quand il constate que tout ce qu'on entreprend dans une vie ne sert à rien puisque tout est voué à disparaitre. Et pourtant, pas tout à fait, puisque ses livres resteront, ainsi que sa trace dans ce beau film-portrait (et dans les archives télé), susceptibles de transmettre un peu de sa pensée et de sa rage à de jeunes lecteurs et spectateurs. Jusqu'au bout, Livrozet aura combattu le capitalisme et tout ce qui va avec : les inégalités, les injustices, la compétition, le carriérisme, la soumission... Fumer le cigare est l'un de ses rares plaisirs. Au moment où le mot "insoumis" est devenu un label, ce film montre un insoumis pur jus qui aura fumé sa vie comme ses cigares, à fond, avec style et panache.

 

Serge KAGANKSI LES INROCKS


AN INTELLECTUAL WARRIOR

  Today's storytellers seem to feel the urge to offer a silver lining, an oasis of hope even within the most dire narrative. 

Serge Livrozet and filmmaker Nicolas Drolc refuse to adhere to such sentimental notions. Life is ugly, and a life spent either in prison and/or in constant revolt against the status quo and bourgeois society is even uglier. Livrozet who has lived the life of a criminal has a peculiar dignity not found in people who have "suceeded " in life. He has the aura of an aristocrat, an intellectual rebel spirit that has found dignity not in the acceptance of others and by others but in the acceptance of life's ugly truths and now near the end of his life in the acceptance of death without the aid of sentimental nostalgia and intellectual whitewashing. Livrozet, as the title of the film suggests has earned death  by spitting in the eye of life and by staring his own end square in the eye - and he will check out as an intellectual warrior not a reformed criminal.

M.A LITTLER - Frankfurt AM Main - January 2017

 


PROJECTIONS PASSÉES / PAST SCREENINGS


22/11/16 : LAVELANET (FR) Cinéma Le Casino (en présence du réalisateur et de Serge Livrozet)

10/03/17 : NANCY (FR) Les Trois huit (en présence du réalisateur)

26/03/17 : VENICE (USA) Beyond Baroque (en présence du réalisateur, animé par Suzy Williams)

11/04/17 : NANTES (FR) Le Cinématographe (en présence du réalisateur)

25/04/17 : GENEVE (CH)  Le Spoutnik (en présence du réalisateur)

26/04/17 : NEUCHATEL (CH) – Cinéma le Minimum (en présence du réalisateur)

27/04/17 : LAUSANNE (CH)  Zinéma (en présence du réalisateur)

14/05/17 : METZ (FR) Le Lée (en présence du réalisateur, avec un concert de M.Verdun & Jan Mörgenson)

08/06/17 : BRUXELLES (BE)  Cinéma Nova (en présence du réalisateur)

11/06/17 : FORBACH (FR) Synagogue

12/07/17 : LAIGNES (FR) 6ème édition des Rencontres Documentaires

19/09/17 : LILLE (FR) Cinéma le Kino (en présence du réalisateur)

20/09/17 :PARIS cinéma  St  Michel (en présence du réalisateur et de Serge Livrozet)

27/09/17 : NANCY (FR) cinéma CAMÉO (en présence du réalisateur)

27/09/17 : BRUXELLES (BE) Chez BOB (en présence téléphonique du réalisateur)

28/09/17 : MONTPELLIER (FR) cinéma LE DIAGO (en présence du réalisateur)

25/10/17 : ROUEN - cinéma OMNIA

28/10/17 : MARSEILLE - vidéodrome II (en présence du réalisateur)

29/10/17 : AVIGNON - c inéma UTOPIA (en présence du réalisateur)

29/10/17 : PORT DE BOUC - cinéma LE MELIES (en présence du réalisateur)

25/10/17 : ST IMIER (SUISSE) Cinéma ESPACE NOIR

25/10/17 : ST GAUDENS cinéma le Régent

25/10/17 : CAHORS - cinéma l'ABC

 

18/11/17 : ST ANTONIN NOBLE VAL -  Hivernales Documentaires